Livres, création, culture, société (PHisTeM) - Présentation

Responsable : Sylvie Ducas

Groupe de recherche « Livre : Création, Culture et Société »

                                                      
 
Ce groupe de recherche pluridisciplinaire (histoire, littérature, sociologie, anglais, sciences de l’information et de la communication, esthétique…), créé en 2005, aborde la question de la littérature, mais surtout de l’auteur et des écritures/scripteurs ordinaires en l’articulant à celle du livre, des métiers du livre et des pratiques professionnelles et culturelle qui en dépendent.
 
Littérature et auteur
Si la célèbre question soulevée par Michel Foucault en 1969 (« Qu’est-ce qu’un auteur ? ») a donné lieu à de multiples travaux qui font aujourd’hui référence dans tous les champs épistémologiques (littérature, sociologie, histoire, philosophie…), ces derniers sont loin toutefois d’en avoir épuisé tous les enjeux théoriques. Dans la continuité de l’idée foucaldienne mais aussi howardienne selon laquelle l’auteur est un dispositif, il s’agit d’interroger, sans séparer, comme l’y encourage Roger Chartier, « la matérialité du texte de la textualité du livre », les relations multiples et la pluralité des acteurs qui, à chaque époque et de manière différente, participent à la construction de l’auteur par ses écrits. La matérialité des supports, les ateliers et lieux de production, les réseaux de diffusion, les espaces de sociabilités, la censure, la propriété littéraire, les pratiques de lecture, relèvent en effet d’un processus collectif dans lequel s’inscrit la relation complexe entre l’auteur et les différents acteurs du livre (copistes, imprimeurs, ouvriers typographes, libraires, éditeurs, bibliothécaires, traducteurs, correcteurs…, mais aussi lecteurs et journalistes). Une telle démarche engage les notions mêmes d’auteur et d’œuvre qu’on a coutume de lui associer : celles-ci ne sont plus à entendre comme des catégories universelles, invariables et homogènes, mais à revisiter au contraire à l’aune des différents régimes de publication, de circulation et de consécration. L’ambition est donc de réfléchir à partir des ruptures et des discontinuités qui caractérisent l’histoire de l’imprimé entre l’ancien et le nouveau régime typographique jusqu’aux mutations numériques actuelles et qui affectent la construction auctoriale dans toutes ses variations sémantiques et terminologiques (homme de lettres, écrivain, poète…).

Pensée du réseau en littérature
Le groupe de travail entend penser la littérature et l’auteur à travers des dispositifs et des réseaux, réels ou imaginaires, singuliers ou collectifs. Contrairement à son cousin germain le « rhizome » théorisé par Gilles Deleuze et Félix Guattari, le réseau ne prolifère pas de manière anarchique, ne déborde pas ni ne dérive, il a une origine et une fin, il est organisé, structuré, orienté et enraciné dans une histoire et un territoire. Le réseau a surtout cette particularité paradoxale à la fois d’enfermer et de libérer, d’emprisonner et d’affranchir, d’ouvrir et de fermer à la façon d’une frontière tout et partie, fragment et totalité, identité et altérité, privé et public. Il ouvre cet espace de jeu – au double sens, ludique et mécanique du terme – qui, loin des déterminismes sociaux, opte pour l’aléatoire et la stratégie incertaine à se vouloir joueuse.
Or appliquée à la pensée littéraire, une approche réticulaire aide à dépasser des dichotomies binaires usuelles dont la littérature gagne à se déshabituer :

1/Celle qui oppose, réseaux du texte et de l’œuvre, d’un côté, et réseaux institutionnels de l’autre, autrement dit approche privée et approche publique de l’écrivain, au lieu de considérer que l’auteur transite entre ce dedans et ce dehors, et évaluer la figure de l’écrivain à l’aune des conditions de production des textes, des usages et de la sensibilité littéraire d’une époque, mais aussi des normes culturelles et sociales avec lesquelles il interagit et négocie, ainsi que des discours et figurations dont il est l’objet. Il s’agit non pas de partir de la réalité sociale pour comprendre les auteurs et les livres qu’elle produit, mais au contraire partir de l’auteur et du livre pour saisir une réalité sociale qui est faite, entre autres et aussi, d’auteurs et de livres. Autrement dit, faire de l’histoire non des écrivains et des livres, donc, mais à partir d’eux.

2/ Le réseau aide aussi à dépasser la dichotomie binaire communément admise entre réseaux professionnels, supposés experts et « légitimes », d’une part, et réseaux amateurs, supposés passifs et « illégitimes », de l’autre. Or l’activité de lire du lecteur lambda est coopérative et la production de l’écrivain, même dans les secteurs ordinairement peu légitimés (productions populaires, industrie des loisirs, cultures médiatiques, littérature de grande consommation), n’est pas aussi docile et mécanique qu’on peut le croire. Une histoire littéraire qui ne s’intéresse qu’à la littérature « distinguée », ne dit sans doute pas tout de la pratique ordinaire des lecteurs et donc de la vie ordinaire des littératures.

Séminaire d’enseignement et de recherche
Ses activités se déroulent au pôle des Métiers du Livre de Saint-Cloud (Université Paris Nanterre, 11 avenue Pozzo-di-Borgo, 92210 Saint-Cloud). Son séminaire d’enseignement et de recherche, inscrit dans le programme du master 2 Métiers du Livre de l’Université Paris Nanterre, est ouvert à tous les étudiants et enseignants-chercheurs (y compris d’autres universités ou étrangers) intéressés par l’objet livre, sa production, sa diffusion, sa promotion, sa prescription ou sa réception. Histoire culturelle et pluridisciplinarité y sont fortement privilégiées, partis pris méthodologiques et ressources documentaires largement décrits et justifiés.
Thématiques abordées : « Qu’est-ce qu’un livre ? » ; « Le livre, approches disciplinaires » ; « Professionnels du livre : définitions, évolutions, imaginaires » ; « L’auteur et ses acteurs » ; « Les réseaux du livre : de l’auteur au lecteur », « Prescription culturelle », « Paratexte et énonciation éditoriale », « Les réseaux du livre et leurs métamorphoses », « Les best-sellers »…

Publications

Trois volumes d’actes du séminaire ont déjà publiés :
- Les Acteurs du livre (2012),
- Les Mondes du livre (2013),
- Paroles de livres (2015).
Un quatrième est en préparation.
Ce séminaire est étroitement articulé à des journées d’étude et colloques réalisés depuis 2005 autour de thématiques voisines ou identiques.
D’autres publications collectives ont ainsi vu le jour, en lien avec les réflexions menées.
Voir la liste dans l’onglet « Publications ».

Carnet de recherche
Ce carnet de recherche international et pluridisciplinaire, dont l’ambition est de devenir une revue scientifique en ligne, vise à fédérer tous les chercheurs impliqués dans cette problématique du livre et de ses métiers.

https://livre.hypotheses.org
 
 

Mis à jour le 22 décembre 2017