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Journée scientifique - Le carnet de voyage : permanence, transformations, légitimation

Publié le 16 octobre 2017 Mis à jour le 20 octobre 2017
Date(s)

du 17 novembre 2017 au 18 novembre 2017

Vendredi 17 novembre 2017 : 14h30-17h
Samedi 18 novembre 2017 : 9h-11h30
Lieu(x)
Polydome
Place du 1er Mai
63000 Clermont-Ferrand

Le carnet de voyage : permanence, transformations, légitimation


 

Journée scientifique organisée dans le cadre du Rendez-vous du Carnet de voyage de Clermont-Ferrand


Le carnet de voyage connaît actuellement une réelle fortune éditoriale et un engouement de la part du grand public, dont témoigne, année après année, le succès rencontré par le Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand. Plusieurs raisons expliquent cet intérêt : la plasticité même du « genre », encourageant à toutes sortes de pratiques artistiques et à l’expression d’une libre créativité, mais aussi sa dimension transculturelle (le choc des cultures, aujourd’hui comme hier), l’hybridation de différentes pratiques (le journal intime, le fragment, la « chose vue », l’anecdote, le reportage…) ainsi que le croisement des supports (texte, dessin, photo, vidéo, blogs…).

Mais les renouvellements apportés à la pratique du carnet de voyage, s’ils témoignent de sa vitalité persistante, à l’heure du tourisme de masse et de la banalisation des destinations lointaines, amènent aussi à réfléchir au sens de ses transformations : le fait que le carnet de voyage soit devenu un objet éditorial à part entière est-il le signe d’une forme d’autonomisation culturelle qui lui serait à présent acquise ? Lit-on aujourd’hui différemment des documents qui, jadis, avaient des fonctions spécifiques et ne sortaient que très exceptionnellement de la sphère de l’inédit ?

Dès lors se pose la question de l'historicité même du carnet de voyage : à quand en remonte la pratique ? Quelles sont les transformations apportées au "genre" (si c'en est un) dans son histoire, dès lors qu'il est investi par des publics diversifiés : missionnaires, peintres, scientifiques, explorateurs, militaires, écrivains, etc., jusqu'aux "carnettistes" d'aujourd'hui ? Ces transformations invitent à s'interroger, tout à la fois, sur la permanence d’une pratique et sur la spectaculaire légitimité culturelle dont elle fait aujourd’hui l’objet ; ce sera l’objet de la journée scientifique organisée les 17 et 18 novembre 2017 par l’Université Blaise Pascal et Paris Nanterre, en collaboration avec l’IFAV, dans le cadre du Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand.

Programme



Vendredi 17 novembre 2017

14h30 : Marie-Christine GOMEZ-GERAUD, Centre des sciences des littératures en langue française, UPL, université Paris Nanterre : « Enquête aux origines du carnet de voyage : de quelques manuscrits du XVIe siècle. »

Résumé : Un tel sujet constitue un pari. Comment scruter cet objet que nous appelons "carnet" ? Si nous en restons aux siècles proches, nous pouvons trouver trace d'herbiers de pèlerinage, par exemple, mais le temps a dévoré les traces fragiles que constituent les fragments recueillis par le voyageur pour donner du poids à une expérience par essence fugace. En revenant au "siècle de l'imprimé", de quels témoignages disposons-nous ? Propos inscrits au cœur des textes sur ce que l'on rapporte du voyage, dessins recueillis et parfois insérés dans les manuscrits. Tout en considérant la distance qui sépare ces traces de l'objet "carnet de voyage", nous essaierons d'en proposer une archéologie poétique.
 
15h15 : Sylvie REQUEMORA-GROS, Aix Marseille Université, CIELAM : « Le carnet de voyage au XVIIe siècle : du terme de négoce au calligramme. »

Résumé : Au XVII e siècle, le « carnet » relève du négoce et des comptes, il est un « Petit livre où un Marchand tient un compte de tout ce qu'il doit, et où il marque le temps où il faut qu'il paye, afin de tenir de l'argent prêt » (Corneille, 1694). Le carnet de voyage, comme l’écrivain de bord, ont des fonctions administratives, ils tiennent « rolle » des différentes dépenses et actes de la vie en mobilité, qu’elle soit nautique dans le cas des voyages au long cours ou terrestre quand il s’agit de périples en carrosses ou de traversées orientales en caravanes de dromadaires. Pourtant, certains ingénieux voyageurs, comme Accarette, savent transformer le devis de la quête et de la conquête en novateurs calligrammes publicitaires.

16h : Pause de 15 mn

16h15 : Nathalie VUILLEMIN, Université de Neuchâtel : « Comment lire le carnet de voyage scientifique au XVIII e siècle ? »

Résumé : De nombreux savants, au XVIIIe siècle, furent engagés dans des voyages d'exploration de territoires inconnus. Munis d'instructions plus ou moins claires, ils avaient pour mission de mesurer le territoire, de le cartographier, de récolter des échantillons, de constituer un matériau qui permettrait de transformer l'expérience en mémoire. On montrera ici les difficultés rencontrées par les savants pour mener à bien cet objectif, mais également les problèmes que rencontre l'historien confronté à une documentation souvent très fragmentaire, difficile à déchiffrer, et répondant rarement aux attentes que peut susciter ce qu'on appelle aujourd'hui un "carnet de voyage".
 
17h : Guy BARTHELEMY, CPGE, Lycée Champollion, Grenoble : « Les carnets de voyage de Fromentin : un atelier de peintre ? »
Résumé : Pendant ses voyages en Algérie dans la décennie 1840 puis pendant son bref séjour en Egypte à l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez en 1869, Fromentin a tenu des carnets de voyage, parfois agrémentés de dessins, qui n’étaient pas destinés à la publication. Je voudrais me pencher ici sur l’écriture de ces carnets, pas seulement pour en repérer les caractéristiques, les procédures, mais aussi en me demandant ce qui fait son intérêt, sa nécessité, pour un scripteur qui est aussi peintre et romancier, qui s’est notamment intéressé à ce qu’il nomme la différence entre la « vue » et la « vision » (Un Eté dans le Sahara), qui a développé une réflexion originale sur ce qui sépare le langage pictural du langage verbal, et qui jette sur l’Orient un regard lui aussi original, mêlant curiosité et retenue.

Samedi 18 novembre 2017

9h : Gilles LOUŸS, Centre des sciences des littératures en langue française, UPL, université Paris Nanterre : « La question du destinataire du carnet de voyage au XXe siècle, à travers les carnets de Michel Vieuchange et Raymond Maufrais. »

Résumé : La difficulté à retrouver des traces des carnets de voyage dans la littérature imprimée des siècles passés est révélatrice du fait qu’ils n’étaient précisément pas conçus pour être publiés : outils entre les mains du voyageur pour consigner au jour le jour observations ou impressions, ils constituent un matériau brut, éventuellement utilisable pour une élaboration textuelle ultérieure. C’est seulement en raison de leur mort, dans des circonstances tragiques amplement relatées par les médias de l’époque, que les carnets de Michel Vieuchange et Raymond Maufrais furent publiés. Mais dès lors qu’ils sont sous le regard d’un lecteur (à qui ils n’étaient précisément pas adressés), ces documents bruts deviennent des objets éditoriaux à part entière et entrent de plein droit dans la bibliothèque du voyage. La question se pose donc de leur lisibilité, et du soudain déplacement des frontières séparant le document du texte littéraire. La question se pose aussi de savoir si, même s’ils ne visaient pas un lectorat, ces textes « bruts » ne s’adressaient pas, tout de même, à une figure déterminée de lecteur.

9h45-11h30 : Table ronde animée par Philippe Antoine (CELIS, Université Clermont Auvergne)

Participants : Anne Pastor, Lucie Bauchot, Nicolas Buclin, Loup Blaster.

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Mis à jour le 20 octobre 2017