Renaissances - Présentation


 
Responsable : Véronique Ferrer

S’inscrivant dans la continuité de l’équipe Dynamiques herméneutiques, le groupe de recherche sur les Renaissances s’intéresse à l’histoire des discours, des idées et des sociétés entre le Moyen Âge et la première modernité à partir d’objets d’étude circonscrits – la mystique, la vanité, la guerre.
 
En reprenant à notre compte l’intitulé aussi fécond que problématique de « renaissance », appliqué par les historiens aux siècles médiévaux comme à la Renaissance proprement dite, nous envisageons la périodisation des deux ensembles historiques en termes de continuité et d’héritages plutôt que de rupture. Conjointement à ses travaux annuels sur le discours mystique dans le cadre du séminaire Diptyque, nous nous proposons aussi de mener une réflexion historico-littéraire sur le concept de « renaissance » pour les époques envisagées, en reprenant, dans le but de l’enrichir, un débat déjà amorcé sur la problématique périodisation du Moyen Âge et de la Renaissance ainsi que sur la non moins contestable appellation de « renaissance » pour le XVIe siècle. Nous questionnerons les périodes historiques concernées au regard des bouleversements qu’elles subissent, des méthodes qu’elles promeuvent et des valeurs qu’elles prônent : découvertes scientifiques et géographiques, réformes (religieuses, sociales, politiques mais aussi linguistiques et poétiques), traductions, réécritures ou imitations des modèles de l’Antiquité païenne ou chrétienne, philosophies humanistes.
 
En raison des spécialités des membres de l’équipe, une attention particulière sera accordée à la littérature des réformes, envisagée sous un angle sociohistorique.
 
                                      

 
Séminaire Diptyque

Le discours mystique entre Moyen Âge et première modernité.

Séminaire interuniversitaire en collaboration avec l’Université Paris-Sorbonne.


Le projet sur Le discours mystique se poursuit jusqu’en 2021, sous la responsabilité de V. Ferrer, M.-C. Gomez-Géraud et J.-R Valette. Après la question du langage (2013-2015), le problème du sujet (2015-2017), le séminaire s’intéresse en 2017-2019 au rapport entre mystique et institution. Il se propose d’interroger la relation dialectique qui régit les deux termes, entre identité et altérité, entre opposition, condamnation, dissidence, neutralisation et complémentarité. Les deux dernières années (2019-2021) seront consacrées à la question de la révélation, qui constitue le dernier pôle du « carré mystique » défini par Pierre Gire.

Programme de recherche – Université Paris Lumières

Renaissances. Mots et usages d’une catégorie historiographique

Responsable : Véronique Ferrer

Ce programme, porté par une équipe de chercheurs de l’université Paris Nanterre et de l’université Paris 8, se propose d’interroger la construction et l’histoire, à l’échelle européenne, d’une catégorie historiographique dont la pertinence fait débat depuis le XIXe siècle et dont les usages variés révèlent des enjeux idéologiques et culturels majeurs. Fruit d’une collaboration entre plusieurs centres de recherche de littérature française, d’études romanes, anglophones et germaniques, il s’inscrit dans la 3e thématique prioritaire de l’université Paris Lumières, à savoir « Création, d’hier à demain : arts, patrimoine, humanités ». Rassemblant des historiens, des linguistes et des littéraires médiévistes et seiziémistes, néo-latinistes, italianisants, anglicistes, germanistes et hispanistes, l’équipe intègre des doctorants et de jeunes docteurs des deux universités, et s’insère dans un réseau universitaire international aussi bien que national.

État de la question

Le terme de Renaissance, avec sa majuscule, est une invention du XIXe siècle : Jules Michelet, puis Jacob Burckhardt, l’utilisent pour circonscrire une période historique allant de Christophe Colomb à Galilée pour le premier, de Giotto à Michel-Ange pour le second [2]. Jean-Jacques Ampère, dans son Histoire littéraire avant le XIIe siècle (1839-1840), recense, pour sa part, « trois renaissances » : la renaissance carolingienne des VIIIe et IXe siècles, la renaissance du XIIe siècle, enfin la “grande” Renaissance qui, en Italie, commence aux XIIIe et XIVe siècles et dans le reste de l’Europe triomphe aux XVe et XVIe siècles. Les travaux fondamentaux de C.-H. Haskins insistent tout particulièrement sur la renaissance du XIIe siècle. Quant à Jacques Le Goff, il pousse la réflexion plus loin en étendant ce champ chronologique jusqu’à l’aube du XIXe siècle : « Les Renaissances sont précisément caractéristiques de la période qui va de l’Antiquité au moment où la modernité a été pleinement assumée – le milieu du XIXe siècle. […] Loin de marquer la fin du Moyen Âge, la Renaissance – les Renaissances – est un phénomène caractéristique d’une longue période médiévale, d’un Moyen Âge toujours en quête d’une autorité dans le passé, d’un âge d’or en arrière » [3]. Depuis, les historiens médiévistes ont étoffé la liste en parlant à l’occasion de renaissance isidorienne au VIIe siècle ou encore de renaissance du XIIIe siècle [4]. Le terme est sollicité pour décrire des ensembles historiques marqués non seulement par un renouveau culturel, intellectuel et artistique (renovatio), mais aussi par des réformes politiques, sociales et religieuses (reformatio), qui prônent un retour aux origines supposées de la civilisation et/ou de l’Église (restauratio) [5]. Il interfère ainsi avec des notions employées pour définir leur rapport avec les cultures du passé et les dispositifs qui sont susceptibles d’en rendre compte, telles la translatio (imperii et studii) et l’imitatio. Celles-ci fondent la possibilité d’un comparatisme spatio-temporel essentiel à la fois pour les contemporains et pour notre projet.
 
En même temps que le terme devient assez vite un outil critique largement partagé, et que la bibliographie historiographique s’accroît, la catégorie se fragilise : on lui ôte ou non sa majuscule, on met en question sa validité, sa pertinence, son intérêt, ou bien on cherche à se le réapproprier ou à le réhabiliter, comme le révèlent les dernières parutions [6]. D’un siècle à l’autre, la renaissance constitue un outil polémique, dont la mobilité et la flexibilité épistémologiques, les enjeux idéologiques et la charge symbolique font une curiosité scientifique à interroger, au-delà de l’axe bilatéral France-Italie et au-delà d’une prise de position binaire entre rejet et célébration.

Objectifs

Suivant une approche interdisciplinaire et comparatiste très peu menée jusqu’à présent, l’objectif du projet est de repenser la catégorie historiographique de renaissance à partir d’une contextualisation historique (du Moyen Âge à nos jours) aussi bien que géographique (espace européen élargi) et à partir d’une enquête lexicographique polyglotte sur un corpus de textes théoriques modernes et de textes sources en français, en latin, en anglais, en italien, en espagnol et en allemand.

• Réflexion sur les mots de la renaissance
Il s’agit d’abord de mener une enquête lexicographique à partir d’un corpus de textes critiques et de sources. Nous reviendrons notamment aux auteurs de ces âges dits « renaissants », à dessein de dresser la liste des termes qu’ils utilisent pour décrire les temps nouveaux, et d’identifier le spectre sémantique du mot « renaissance ». Comment le renouvellement vécu est-il formulé ? De quelle manière le rapport entre tradition et nouveauté, entre passé et modernité, est-il envisagé ? Quels sens donner à l’emploi récurrent du suffixe « re », entre retour, recommencement, continuité et rupture ? Comment les œuvres, à travers le travail de la langue et des formes, illustrent-elles ou inventent-elles cet idéal de nouveauté ?

• Réflexion sur les usages et les enjeux de la notion
Conjointement à cette approche lexicale et sémantique, il s’agit de mettre en lumière les conditions historiques et sociales qui accompagnent l’émergence de la notion, puis de s’intéresser à ses usages depuis le XIXe siècle [7]. Comment les sociétés, les institutions et les disciplines universitaires se la réapproprient-elles suivant les pays et les régimes politiques ? Que nous apprend-elle sur les modes de transmission des savoirs et de l’histoire ? Quels sont les enjeux idéologiques et les effets de cette construction théorique sur les champs disciplinaires et la conception de l’histoire ? Comment passe-t-on du nom commun (renaissance) au nom propre (la Renaissance) puis, dans un second temps, selon un processus qui mêle une relativisation et un éclatement de la notion, du singulier au pluriel (les renaissances) ? On réfléchira en particulier sur les fondements de la création assez récente de la catégorie de « early modern », permettant de rendre obsolète et d’écarter celle de Renaissance. On s’intéressera aussi à l’émergence, plus ancienne, de catégories critiques : « contre-renaissance », « anti-renaissance », « pseudo-renaissance » notamment dans le domaine de l’histoire de l’art et de la littérature comparée.
 
C’est en confrontant la catégorie historiographique aux faits et aux mots de l’histoire, à leur vie propre et à leur évolution, qu’on sera alors à même de définir, voire de « requalifier » la catégorie de « renaissance », et de repenser, le cas échéant, l’articulation entre Moyen Age et XVIe siècle en termes de continuité et de seuils, loin des enjeux segmentés, disciplinaires et parfois corporatistes.

 

Membres du programme scientifique

Université Paris Nanterre

Mathilde Bernard, MCF, Littérature française XVIe-XVIIe siècle
Nadia Cernogora, MCF, Littérature française XVIe siècle
Véronique Ferrer, PR, Littérature française XVIe siècle
Mathieu de La Gorce, MCF, Littérature française XVIe siècle
Philippe Rabaté, MCF, Littérature et histoire espagnoles XVIe-XVIIe siècle
Laetitia Sansonetti, MCF, Littérature anglaise XVIe-XVIIe siècle et traduction
Florence Tanniou, MCF, Littérature française Moyen Âge

Université Paris 8

Stefanie Buchenau, MCF, Histoire et philosophie allemande XVIIIe siècle
Françoise Crémoux, PR, Histoire religieuse et littérature espagnole XVe-XVIIe siècle
Jean-Louis Fournel, PR, Histoire et culture de la renaissance italienne XVe-XVIIe siècle
Arnaud Laimé, MCF, Littérature néolatine XVIe siècle
Christopher Lucken, MCF, Littérature française Moyen Âge
Christine Marguet, MCF, Littérature et histoire du Siècle d’or XVIe-XVIIe siècle
Stéphane Rolet, MCF, Littérature néolatine XVIe siècle
Mireille Séguy, PR, Littérature française Moyen Âge

Doctorants et jeunes docteurs

Valeria Averoldi, Doctorante, Littérature franco-italienne XVIe siècle (cotutelle université Paris Nanterre et université de Vérone).
Marine Champetier de Ribes, Doctorante U. Paris Nanterre, Contrat doctoral UPL, Littérature française du XVIe siècle.
Luca Ferraro, jeune docteur (Université Paris 8 et Université Frédéric II de Naples)
Elodie Pinel, Doctorante, ATER U. Paris Nanterre, Littérature du Moyen Âge.
Mathilde Perez, Doctorante U. Paris Nanterre, Littérature française du XVIe siècle.
Alessio Russo, jeune docteur, Université Paris 8 et Université Frédéric II de Naples.
Andrea Salvo Rossi, jeune docteur, Université Paris 8 et Université Frédéric II de Naples.
Aldo Stabile (inscription en doctorat en cours, Université Paris 8).

Laboratoires concernés

Centre des Sciences de la Littérature Française – Paris Nanterre EA 1586 : cslf.parisnanterre.fr
Centre de Recherches anglophones – Paris Nanterre EA 370 : crea.parisnanterre.fr
Études romanes – Paris Nanterre EA 369 : etudesromanes.parisnanterre.fr
Laboratoire d’études romanes – Paris 8 EA 4385 : etudes-romanes.univ-paris8.fr
Les mondes allemands : histoire des idées et des représentations – Paris 8 EA 1577
Littérature, histoires, esthétique – Paris 8 EA 7322 : lhe-univ-paris8.fr

Partenaires internationaux

Allemagne : Université de Göttingen, Daniele Maira.
Belgique : Université de Louvain-La Neuve, Gilles Lecuppre.
Espagne : Université de Madrid (Complutense), Ana Vian.
Grande-Bretagne : Université de Warwick, Ingrid de Smet et David Lines.
Italie : Université de Vérone (Rosanna Gorris, Gruppo di studio sul cinquecento francese)
Université de Naples Frédéric II (Gian Carlo Alfano et Andrea Mazzuchi).
Suisse : Université de Lausanne, Estelle Doudet.

Partenaires nationaux

LECEMO – Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle
CEMA (Centre d’Etudes du Moyen Âge) – Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle
COMOD – ENS de Lyon
Étude et éditions de textes médiévaux – Sorbonne Université

Notes

[2] Jules Michelet, Histoire de France, t. VII, Histoire de France au seizième siècle. Renaissance, Paris, Chamerot, 1855. Jacob Burckhardt, Cultur des Renaissance in Italien. Ein Versuch, Bâle, Scweihhauser, 1860 (trad. fr : La Civilisation de la Renaissance en Italie, trad. H. Schmitt, revue et corrigée par Robert Klein, Paris, Livre de Poche, « Biblio Essais », 3 t., 1986 ; 1re éd., Paris, Plon, 1958 ; 1re éd. de la trad. de H. Schmitt : La Civilisation en Italie au temps de la Renaissance, Paris, Plon, 2 t., 1885. Pour l’histoire précise de la notion, voir Michel Paoli, Marie-Sophie Masse (dir.), La Renaissance ? Des Renaissances ? (VIIIe-XVIe siècle), Paris, Klincksieck, 2010, « Présentation ».  Michelet et Burckhardt ne sont pas les inventeurs de la notion de « renaissance » mais ils sont les premiers à l’utiliser sans détermination adjectivale et adverbiale et sans complément de nom (la renaissance des arts, des lettres, des sciences, etc.), les premiers donc à lui conférer une autonomie critique et à la fonder comme catégorie historiographique.

[3] Jacques Le Goff, « Pour un long Moyen Age », L’Imaginaire médiéval, Gallimard, 1985, p. 8.

[4] Jacques Fontaine, « Latinité tardive et médiévale. Mutations et renaissances du Ve au XVe siècle », dans Pierre Grimal et alii, Rome et nous. Manuel d’initiation à la littérature et à la civilisation latines, Paris, Picard, 1977, p. 257-275, et plus récemment Michel Paoli, Marie-Sophie Masse (dir), op. cit.

[5] Voir Jacques Verger, La Renaissance du XIIe siècle, Paris, Cerf, 1996.

[6] Voir Michel Paoli, Marie-Sophie Masse (dir), La Renaissance ? Des Renaissances ? (VIIIe-XVIe siècles), op. cit., ou Jean-Marie Le Gall, Défense et illustration de la Renaissance, Paris, PUF, 2018.

[7] Nous nous inspirerons du Dictionnaire des concepts nomades (dir. O. Christin) ainsi que des études allemandes autour de la Geschichtliche Grundbegriffe, dirigées par Reinhardt Koselleck, Otto Brunner et Werner Conze. Voir aussi la constitution depuis une dizaine d’années d’un réseau international de chercheurs dans le domaine de l’History of concepts (HPSCG - History of political and Social Concepts Group), réseau destiné à lancer des ponts et à évaluer les compatibilités entre les logiques anglo-américaines et allemandes - celle de Koselleck, ou celle, partiellement différente et ouverte aux recherches de la nouvelle histoire française, du Handbuch politisch-sozialer Grundbegriffe in Frankreich 1680-1820, 1985.

                                      

Projet en cours

Écrire les guerres du Moyen Âge à nos jours.

Programme de recherche trans-séculaire, interdisciplinaire et international

Responsables : Laurence Campa, Véronique Ferrer, Mathilde Bernard.

Le projet s’inscrit dans le cadre d’un partenariat interne au CSLF avec l’équipe ILAM, portant sur le temps long (du Moyen Âge au XXIe siècle), dans le champ de l’histoire littéraire française et francophone. Il correspond à un effort concerté pour intégrer les nouveaux apports des sciences humaines en privilégiant d’une part l’histoire des idées et des savoirs, d’autre part la poétique des formes littéraires, en relation avec l’histoire sociale et culturelle.

Séminaire 2018–2019
: Les sources et les modèles – ou comment l’histoire et la mémoire littéraire d’une guerre s’approprient et réinventent les formes, les textes, les auteurs, les valeurs des guerres antérieures.

Mis à jour le 09 avril 2019